Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Courir solidaire ?

"Dis, tu vas courir pour qui au Marathon des Sables ?".

Cela fait au moins 10 fois qu'on me pose cette question. Nombreux sont les participants qui s'affichent comme courant pour telle ou telle association, à tel point qu'on se demande parfois s'il est encore possible de courir juste pour soi !

Aucun doute, le "charity running" est pleine expansion, quitte à donner mauvaise conscience aux autres coureurs.

C'est un phénomène qui s'est répandu comme un effet de mode depuis quelques années, même s'il n'est pas spécifique à la course à pied.

Pour les "anciens", souvenez-vous par exemple des premières saisons de Fort Boyard. Emission sympathique où des inconnus (comme vous et moi) allaient réaliser des défis souvent sportifs pour au final gagner quelques euros qu'ils se partageaient. Pas de quoi faire fortune mais souvent un coup de pouce bien pratique. Et bien avec le temps, exit les inconnus et place à de pseudo célébrités (quelques fois des vraies quand même) qui sont là pour récolter des fonds pour une association. Bien sûr, moralement il n'y a rien à redire, d'autant que ces associations ont souvent un réel besoin de ces fonds, mais ce passage du tout l'un à tout l'autre n'est-il pas de trop ? Fort Boyard n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres.

En course à pied on rencontre le même phénomène, avec parfois les mêmes dérives. Sous un prétexte "humanitaire, social ou caritatif" certaines épreuves poussent, voir imposent ce type de pratique.

Que dire de l'UTMB, qui permet d'acheter son dossard "solidaire" sans passer par les pré-sélections ni le tirage au sort. Si vous payez 10 fois le prix , soit 2000 euros, vous avez votre dossard d'office... on touche la limite entre l'éthique et de la sélection uniquement par l'argent.  

Que dire de la Vertigo (la montée de la tour First à la défense) ou de la course des héros qui, outre une inscription classique qui reste financée par le coureur, celui-ci doit atteindre un palier de collecte de 300 € (fixé par l’organisation) au profit de la fondation, pour avoir le droit de prendre le départ. 

Si nous revenons au Marathon des Sables, de plus en plus nombreux sont ceux qui portent des T-shirts ou des fanions à l’effigie d’une "bonne cause". La question que je me pose à chaque fois, c'est...

"Ok tu coures pour ton assoce, mais concrètement, ça lui rapporte quoi ?"

Si on met de côté les grosses structures, on se rend compte que beaucoup de coureurs essayent de faire connaitre des associations aux actions généralement très localisées et qui du coup n'ont que peu de moyens pour se faire connaitre. 

Alors, de quoi ces associations ont elles besoin ?

Au final c'est généralement de l'argent qu'il leur faut. Parfois de l'équipement ou des bénévoles (à traduire en temps de disponibilité), mais globalement le nerf de la guerre reste l'argent.

Reste à savoir comment collecter ces fonds ?

Il y a bien sur la collecte directe. Le coureur (et éventuellement son entourage) se charge de récolter des fonds en se servant de sa participation au Marathon des Sables comme support. Cela va de la vente de kilomètres, la vente de produits dérivés, à une forme de sponsoring éthique... mais quoi qu'il en soit, on arrive au final une somme d'argent qui va pouvoir aider concrètement l'association.

Cela peut également demander une organisation administrative, de façon à permettre aux donateurs de bénéficier de la réduction d'impôts applicables à certains types de dons.

Il existe d'autres moyens de récolter des fonds, comme par exemple des sites internet qui permettent de travailler ce type de projet. C'est le cas d'Alvarum, un site qui fédère ce type de démarche.

En gros, vous vous inscrivez sur le site, vous créez votre page de collecte de dons en choisissant l’association que vous souhaitez soutenir, vous vous fixez un objectif de collecte puis vous faites la promotion de votre initiative auprès de vos amis, famille et collègues. Avantage de ce type de site, vos proches procèdent à des paiements en ligne sécurisés et bénéficient d’un reçu fiscal.

La seconde voie recherchée par ces associations est la communication et la médiatisation.

Le mode opératoire est un peu plus indirect, mais la finalité est la même. En faisant parler de l'association, l'idée est au final de pouvoir toucher un maximum de personnes pour... récolter des fonds. Oui on en revient toujours au même.

En portant les couleurs d'une association il faut réussir à interpeller les gens, à leur faire connaitre une cause qu'i peut les toucher mais qu'ils ne connaissaient pas. Cela va de la publication sur les réseaux sociaux à des plans de communication plus élaborés.

Se contenter de courir avec un drapeau ou un tee-shirt ne sert pas à grand-chose (sauf peut-être à donner bonne conscience au porteur). Il faut y associer un vrai plan d'action, et là, c'est souvent le désert. 

Il y a quelques années, l'association "Enfant du Mékong" qui lutte pour la scolarisation des enfants en Asie du sud-Est avait décidé de faire un tour de France se faire connaitre en organisant des colloques dans plusieurs grandes villes. Pour essayer de médiatiser l'évènement, nous avions organisé de notre côté un tour de France en courant qui faisait étape dans les villes où se déroulaient les colloques. Avec un timing serré (il fallait arriver en courant dans la ville juste une heure avant le début de la conférence) cela avait permis d'attirer à chaque fois les médias locaux qui avaient relayé l'information. Objectif atteint !

L'équipe du relais Paris Caen pour Enfants du Mékong

L'équipe du relais Paris Caen pour Enfants du Mékong

Mais dans ce type d'action, la question est de savoir quel est l'impact réel. 

Une autre voie est la réalisation d'un évènement au profit des personnes soutenues par l'association. Là on change complètement d'approche car c'est essentiellement l'implication personnelle qui est la clé de la réussite du projet à l'image du Marathon de La Baule où en 2009, sous la conduite des Dunes d'Espoirs nous nous étions relayé pendant 42km pour faire faire un marathon à Franck grâce à une Joelette. 

Marathon de La Baule avec les Dunes d'Espoirs

Marathon de La Baule avec les Dunes d'Espoirs

Je peux vous assurer que, sans être quelqu'un de très émotif, le moment où on a fait faire les derniers mètres à Franck en le soutenant pour lui faire passer la ligne d'arrivée debout et la banane qu'il arborait à ce moment-là reste un moment très fort de ma vie de coureur. 

Franck lors de l'arrivée du marathon

Franck lors de l'arrivée du marathon

Et les risques dans tout ça ?

Ils sont assez peu nombreux. En organisant ça à la légère, il y a surtout un risque de faire ça "pour rien". Ce n'est pas un risque en tant que tel, mais ça peut être démotivant.

Le vrai risque (pour l'association et les donateurs) est de tomber dans un travers où les fonds récoltés servent avant tout à financer la participation à la course. Cela peut faire partie de la démarche, mais il faut bien évaluer le retour sur investissement. Si vous utilisez 3000 euros de dons pour faire le Marathon des sables, combien devrez-vous en récolter pour que finalement votre association s'y retrouve ? Est-ce que vous cherchez à vous financer et à laisser le "surplus" à l'association ?  Si c'est le cas, l'approche doit être partagée avec l'association et surtout clairement expliquée aux donateurs qui du coup risquent d'être moins nombreux.

 

Alors bien sûr, on ne peut pas être contre des gens qui se battent pour améliorer la situation d'enfants, de malades ou de personnes défavorisées, mais n'est-ce pas aussi conserver un espace de liberté personnel que de pouvoir choisir auprès de qui, quand, pour combien ou comment on souhaite s'investir pour les autres ?

 

Tag(s) : #MDS 2015, #course

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :